enquête Par Dan Israel dans ARRETSURIMAGESLe petit guerrier gaulois est de retour. Et il a décidé de prendre le contrôle.
Mercredi 30 janvier, "Astérix aux Jeux Olympiques" débarque dans toute l'Europe, et s'offre une sortie en salles sur 1074 écrans - un record pour l'hexagone. Il sera évidemment accompagné de dizaines de pages de journaux et de magazines, commentant, dans l'ordre, le phénomène financier et commercial, puis la qualité du film le plus cher de l'histoire du cinéma français.
Vus les moyens engagés et la puissance de feu du casting, un observateur naïf pourrait s'imaginer que les producteurs et les réalisateurs ont eu envie de montrer leur bébé à un maximum de journalistes, pour qu'ils puissent l'apprécier à sa juste valeur.

Cela n'a pas vraiment été le cas.
Habituellement, les productions organisent plusieurs projections de presse, et communiquent les horaires à toutes les rédactions, qui décident ensuite à laquelle elles se rendront.
Cette fois, la Petite Reine, société de Thomas Langmann, le producteur co-réalisateur et co-scénariste, a décidé de restreindre sacrément l'accès : une seule séance a été organisée pour les hebdos et les quotidiens. Les retardataires ont eu droit à une centaine de places le lendemain, lors de l'avant-première de lancement du film.
Et c'est tout ? C'est tout.
Ce système est fréquent pour les grosses productions, explique Eva Betan, responsable Culture de France Inter. Il sert à éviter les fuites.
Il sert aussi à contrôler l'accès au film. Car la Petite Reine est allée plus loin : les producteurs ont ciblé les médias qu'ils souhaitaient convier aux projections. Nous n'avons pas été appelés, note ainsi Didier Péron, de Libération. Ils voulaient s'éviter le désagrément d'une mauvaise critique mercredi, jour de sortie.
Même punition pour la Croix, l'Humanité, RFI et même... l'AFP. Fin novembre et début décembre, deux projections presse avaient été organisées pour la presse mensuelle, raconte Rebecca Frasquet, spécialiste cinéma de l'agence. Devant les retours assez négatifs des journalistes, cela s'est arrêté net. Pour voir le film, j'ai dû me faufiler à la projection organisée par TF1, qui co-produit, pour ses salariés !
Des journalistes du Parisien ont aussi "infiltré" la projection de TF1, ainsi que celle de Canal , autre financeur. Nous avons eu deux places pour les séances officielles, mais nous souhaitions qu'un maximum de nos journalistes voient le film puisque nous préparions une double page sur Astérix, détaille le journaliste Hubert Lizé. Quand je l'ai interrogé à ce sujet, Thomas Langmann m'a franchement répondu, en disant qu'il savait que certains allaient taper sur le film, et qu'il voulait l'éviter.
Confirmation auprès de Moteur!, l'agence de communication chargée de gérer la sortie du film : A la demande de la production, nous avons réalisé un choix des supports sur lesquels nous souhaitions communiquer.
Le procédé ne choque pas Christophe Carrière, de l'Express : Un film appartient à un réalisateur et à un producteur, c'est leur bébé, ils en font ce qu'ils veulent. D 'ailleurs, ils se mordent peut-être les doigts de nous l'avoir montré, nous avons rendu une critique très mauvaise.
Effectivement, la critique de la presse écrite est pour le moins partagée... Le Journal du Dimanche célèbre un spectacle populaire et familial dans le sens le plus noble du terme. Première évoque un divertissement agréable et spectaculaire, malheureusement moins drôle que le Mission Cléopâtre d'Alain Chabat.
Pour le reste... Le Figaro a vu peu d'humour, quelques gags, trop de temps morts. 
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 > Cliquez sur l'image pour un gros plan < | Le Monde n'a guère apprécié... Pas plus que l'AFP, qui, fait rare, s'est autorisé une descente en règle. |
A la télé, on ne trouble pas la promo
Heureusement pour les auteurs du film, la télévision n'a pas suivi cette tonalité meurtrière. Au contraire.
Sur le petit écran, l'invasion des Gaulois de celluloïd a démarré dès vendredi 25 janvier, et s'est poursuivie tout le week-end. Gérard Depardieu et Alain Delon ont visité TF1, Clovis Cornillac, Elie Seimoun et Stéphane Rousseau ont honoré Canal de leur présence, et Benoît Poelvoorde s'est rendu sur France 3 et a accordé une interview enregistrée à France 2.
Sur les quatre chaînes, on a gravement débattu du budget pharaonique du film et du pari financier qu'il représente, de la joie de tourner ensemble et du succès de la comédie auprès des enfants.
Dans cet océan de compliments et de congratulations, une seule critique, entendue sur France 3 : devant le casting spectaculaire du film, le téléspectateur se retrouve à la limite de l'overdose, ce dont le scénario souffre, puisqu'il se résume par moments à une succession de numéros d'acteurs.
L'auteur du sujet, Eric Cornet indique que le rédacteur en chef du JT, la présentatrice et moi-même étions d'accord sur ce point, mais il remarque que France 3 n'a pas non plus été très virulente : la critique pure, ce n'est pas vraiment notre rôle à la télévision.
Six ans plus tôt, les mêmes éloges
Et de fait, six ans plus tôt presque jour pour jour, les téléspectateurs avaient eu droit à un semblable torrent d'éloges, pour la sortie d'"Astérix : Mission Cléopâtre" en janvier 2002.
Déjà à l'époque, on s'enthousiasmait sur le film le plus cher de l'histoire du cinéma français.
Autre point commun entre les millésimes 2002 et 2008 de la promo Astérix, le souci de chacun de souligner la ressemblance avec l'esprit de la bande dessinée.
L'observateur consciencieux notera tout de même que les acteurs d'"Astérix aux Jeux Olympiques" ont encore plus insisté que leurs prédécesseurs sur la proche parenté entre leur œuvre et la bande dessinée.
Faut-il croire que "Astérix : Mission Cléopâtre" n'avait pas eu l'heur de plaire à Albert Uderzo, créateur encore vivant du petit héros moustachu ?
Cette information, vous ne la trouverez pas dans les JT. Et pourtant, c'est bien le cas : Uderzo n'a que moyennement apprécié l'œuvre (et la personne) d'Alain Chabat.
Mais pour le savoir, il faut se plonger dans la presse écrite (version 2008).
Dans le Figaro , le dessinateur estime que "Mission Cléopâtre", qui a dépassé les 14 millions d'entrée en France, ne s'est pas assez vendu à l'étranger.
Et dans le Nouvel Observateur, il critique l'attitude de Chabat, avec qui il n'aurait pas eu le même feeling qu'avec Thomas Langmann.
Au passage, on apprend qu'un autre projet, mené par Gérard Jugnot et Claude Berri, le père de Thomas Langmann, a été rejeté par Albert Uderzo.
Mais on n'en parlera pas à la télé. Pas question d'aborder les sujets qui fâchent en pleine séance de promo.
Si vous voulez savoir quels couacs ont émaillé le film 2008, rendez-vous en... 2014 ?